Je viens d'écouter l'émission la Suite dans les idées d'il y a deux semaines (19 septembre 2009) enregistrée à Lyon dans le cadre du Forum Libération dont l'invité était le géographe Michel Lussault, auteur de La lutte des classes à la lutte des places [1], et ça vaut vraiment le détour.
Dans la perspective de la grande thématique du Forum Libération de Lyon qui portait sur les vingts ans de la chute du mur de Berlin, la discussion s'ouvre sur une interrogation : la chute du mur peut-elle être considérée comme un fait spatial total
?
Michel Lussault explique que le monde multipolaire post-Guerre froide où l'importance de l'urbain mondialisé ne cesse de croître, loins d'être unifié sur le plan géopolitique voit la multiplication des frontières spatiales fondées sur de profondes divisions socio-économiques. Il souligne ainsi la multiplication des contrôles à l'entrée des bâtiments publics, ce qu'il appelle les sas
.
Mais c'est surtout l'occasion de revenir sur l'importance de la géographie et de la notion d'espace dans les sciences humaines et sociales. Michel Lussault défend une géographie qui s'intéresse à l'espace non pas comme un simple décor dans lequel évoluerait les hommes, mais comme une organisation de la matière qui représente un enjeu social majeur. Pour lui l'organisation de l'espace par la société doit être considéré comme un sujet politique et culturel qui s'inscrit dans l'horizon culturel et idéologique des hommes.
Une telle conception épistémologique rompt nettement avec les conceptions anciennes d'une géographie isolée et enserré dans le carcan des programmes scolaires pour en faire une discipline au cœur du dialogue avec les autres sciences sociales.
Plus largement cela amène Luscault à considérer l'organisation de l'espace comme la seule possibilité qui reste pour créer du lien et du débat politique entre les différents acteurs sociaux qui dans des sociétés de plus en plus multiculturelles ne parviennent plus à dialoguer dans le cadre des enjeux socio-économiques et des valeurs traditionnels, d'où ce passage d'une lutte des classes à une lutte des places
.
Ca ne dure qu'une demie heure et c'est passionnant (On peut encore
écouter l'émission) !